Jouer la victime en formation aux premiers secours
Rédigé par Cyrille GAGNAIRE, Vente Défibrillateur. Publié le 2 octobre 2026.

Dans une mise en situation, le mannequin ne sait pas tout faire. Il ne se plaint pas, ne perd pas connaissance au bon moment, ne répond pas aux questions du secouriste. C'est pourquoi la plupart des formateurs font aussi jouer la victime par un stagiaire ou par eux-mêmes. Ce rôle de figurant change la qualité de l'apprentissage, à condition d'être cadré. Voici comment le préparer, le diriger et protéger celui qui le tient.
Pourquoi un figurant plutôt que le seul mannequin
Un mannequin est indispensable pour les compressions, les insufflations et la pose des électrodes. En revanche, il ne permet pas de s'entraîner au bilan d'une victime qui parle, qui respire, qui a mal ou qui panique. Or c'est le début de presque toutes les situations réelles : le secouriste doit d'abord interroger, observer, rassurer.
Un figurant vivant offre ce que la matière plastique ne donne pas : une voix, des réponses, une réaction à la façon dont on le touche. Le stagiaire apprend à poser ses questions dans le bon ordre, à écouter la réponse et à adapter son geste. Le mannequin prend ensuite le relais quand la victime devient inconsciente et ne respire plus.
Cette alternance entre figurant et mannequin est courante en formation, sans être imposée par une règle unique : c'est un choix pédagogique du formateur, à rattacher au référentiel de la formation qu'il dispense.
Qui joue la victime
Faire jouer le rôle par le formateur donne un contrôle total du scénario. Il sait ce qu'il doit montrer, peut ajuster la difficulté en cours de route et garde un œil sur le groupe. Son inconvénient est évident : pendant qu'il joue, il observe moins bien les gestes des stagiaires.
Confier le rôle à un stagiaire fait participer tout le monde et permet à chacun de ressentir ce que vit une victime, notamment la manière dont on lui parle. Il faut alors lui remettre une consigne écrite, sinon le jeu dérive vers la plaisanterie ou vers une situation sans rapport avec l'objectif.
Une solution intermédiaire consiste à tourner : chaque stagiaire joue la victime une fois, sur un scénario volontairement simple, puis passe au rôle de secouriste sur un scénario plus complet. Chacun voit ainsi les deux côtés de la scène.
La fiche de rôle remise au figurant
Une bonne fiche tient en quelques lignes. Elle indique ce que la victime ressent, ce qu'elle répond aux questions courantes, ce qu'elle montre sur son corps et à quel moment, éventuellement, son état se dégrade.
Il est utile d'y prévoir les réponses à des questions que le secouriste posera presque toujours : où avez-vous mal, depuis quand, avez-vous des antécédents, prenez-vous un traitement. Sans réponse prévue, le figurant improvise et le scénario perd son fil.
Le formateur précise aussi ce que le figurant ne doit pas faire : surjouer, simuler une douleur trop spectaculaire, ou donner d'emblée toutes les informations. Une victime qui répond par bribes oblige le stagiaire à structurer son questionnement, ce qui est précisément l'objectif.
Sécurité et confort du figurant
Le figurant n'est pas un mannequin. Les gestes qui l'atteignent doivent rester simulés quand ils sont dangereux ou douloureux : pas de vraies compressions thoraciques, pas de vraie manœuvre de désobstruction, pas de basculement brutal de la tête. On dit au groupe, avant de commencer, quels gestes sont mimés et lesquels sont réellement réalisés, comme la mise en position latérale de sécurité.
Il faut aussi tenir compte de la personne : douleur au dos, genou fragile, malaise connu, gêne à être touché. Un stagiaire doit pouvoir refuser le rôle sans avoir à se justifier, et le formateur doit prévoir un mot ou un geste d'arrêt connu de tous pour interrompre la scène.
Côté hygiène, les contacts au visage restent mimés. Pour les insufflations, on bascule sur le mannequin dès que le scénario l'exige, avec ses protections habituelles. Le sol est un autre point de vigilance : un tapis propre évite de faire coucher les stagiaires sur un revêtement sale ou froid.
Rendre la scène crédible avec peu de matériel
Un peu de mise en scène suffit. Un simple objet renversé, un sac à main, un téléphone posé à côté de la victime, une chaise basculée donnent un contexte au scénario et rappellent que la sécurité des lieux fait partie du bilan.
Le moulage décrit dans notre article sur le maquillage de blessures s'applique aussi au figurant : une plaie maquillée sur l'avant-bras donne un support visuel concret au secouriste. Il remplace avantageusement une simple annonce du formateur du type « imaginez une plaie ».
Quand la victime doit devenir inconsciente, l'enchaînement avec le mannequin se prépare à l'avance. Le figurant s'écarte, le mannequin est déjà installé à proximité, et la scène reprend sans temps mort. Sans cette préparation, on perd du temps et la tension du scénario retombe.
Le retour sur le jeu
Le figurant est le mieux placé pour dire ce qu'il a ressenti : ai-je été rassuré, a-t-on répondu à ma douleur, m'a-t-on expliqué ce qui allait se passer. Ce retour est précieux et ne coûte rien. Il complète celui du formateur et des observateurs, que l'on organise lors du débriefing.
Pensez à faire sortir le figurant de son rôle de façon explicite à la fin de la scène. Une phrase suffit pour séparer le jeu de la réalité, ce qui compte surtout avec des groupes jeunes ou peu à l'aise avec la simulation.
Enfin, notez les scénarios qui ont bien fonctionné avec leur fiche de rôle. Un formateur qui réutilise des fiches éprouvées gagne du temps de préparation et garantit une même qualité d'une session à l'autre.
Questions fréquentes
Peut-on faire jouer la victime par un stagiaire sans préparation ?
C'est possible pour un exercice très simple, mais le résultat est aléatoire. Sans fiche, le figurant improvise, répond au hasard et peut faire dérailler l'objectif. Quelques lignes écrites suffisent à cadrer le rôle : ressenti, réponses aux questions courantes, évolution éventuelle de l'état.
Le figurant doit-il subir de vrais gestes de secours ?
Non, pas pour les gestes dangereux ou douloureux. Les compressions, les insufflations et la désobstruction se font sur mannequin ou sont simulées. Seuls des gestes sans risque, comme la mise en position latérale de sécurité, peuvent être réalisés, après avoir prévenu le groupe de ce qui est mimé.
Faut-il choisir un figurant volontaire ?
Oui, autant que possible. Un stagiaire peut avoir une gêne physique, un malaise connu ou simplement ne pas souhaiter être touché. Le formateur doit accepter un refus sans demander de justification, et proposer le rôle à quelqu'un d'autre ou le tenir lui-même.
Le formateur doit-il jouer la victime lui-même ?
Cela dépend de la taille du groupe et de l'objectif. Le formateur contrôle mieux le scénario, mais observe moins les gestes pendant qu'il joue. Avec un groupe nombreux, confier le rôle à des stagiaires, à tour de rôle, libère le formateur pour l'observation.
Comment passer du figurant au mannequin en cours de scénario ?
En le préparant avant la scène. Le mannequin est installé près du figurant, avec son tapis, et le formateur annonce le changement d'état de la victime. Le figurant s'écarte, le stagiaire poursuit sur le mannequin sans interruption, ce qui garde le rythme de la mise en situation.
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